Le billet de Bob

Andy passe en tête

Défiler vers le bas

Bob revient sur son nouveau rôle de soutien alors qu’Andy reprend les rênes de l’entreprise.

Eh bien, me voilà, encore un peu plus en retrait de la couverture de Wood&Steel. Mon cher ami Jesus Jurado vit à Tijuana ; il me rejoint en Basse-Californie à bord de son Land Cruiser pour découvrir cet État et y camper. Il y a quelques années, il a quitté Taylor Guitars pour prendre sa retraite. Comme il le dit : « Nous devons laisser la place aux plus jeunes. » Je suis heureux de le faire. Andy Powers est en train de prendre ma place, et je la lui cède avec plaisir. C’est à présent lui qui sera en couverture ; ce sont ses réflexions que vous lirez, non seulement en tant que luthier en chef, mais aussi comme président-directeur général.

J’entends de plus en plus parler de qualité du sommeil, de la façon dont nous devons savoir si nous dormons correctement et suffisamment. Tout le monde voulait que j’aille voir un spécialiste du sommeil, alors je l’ai fait. Je ne dors pas beaucoup, seulement cinq ou six heures par nuit, et cela fait des décennies que ça dure. Je pensais que je dormais assez, mais mon entourage m’a fait douter ! Bref, le médecin est arrivé et m’a demandé pour quelle raison j’étais là. Je lui ai dit ce que je venais de vous dire. J’ai fini par conclure en ces mots : « Je veux juste savoir si je dors quand je suis endormi ! » Il a ri, m’a dit que c’était une bonne façon de voir les choses et m’a informé qu’il avait les moyens de m’aider à le savoir.

Cette petite phrase m’a donné une idée pour vous décrire une partie de la personnalité d’Andy. La voici : Andy réfléchit quand il pense. Nombre de gens pensent, mais réfléchissent-ils, envisagent-ils la question sous tous les angles, parviennent-ils à se forger une opinion qui semble correcte ? Quand ils ont fini de penser, proposent-ils une marche à suivre ? Il est évident que de nombreuses personnes n’ont pas une réflexion de qualité. Toutefois, Andy réfléchit bien, très bien, même.

Je ne connais aucun autre grand fabricant de guitares dont le président-directeur général soit aussi son luthier en chef.

Nous en sommes tous conscients chez Taylor Guitars, et c’est pour cette raison que nous sommes ravis de voir Andy occuper les postes de directeur général et de président, fonctions que nous occupions respectivement Kurt et moi. Je sais qu’ici, tout le monde est heureux et confiant quant à cette évolution. Je me suis dit que vous aimeriez avoir mon avis, pour ainsi vous joindre à nous et accueillir Andy à ce poste. Je ne connais aucun autre grand fabricant de guitares dont le président-directeur général soit aussi son luthier en chef. Pour Taylor Guitars et nos clients, cela signifie que le commerce et la fabrication de guitares resteront intimement liés, comme cela a été le cas ces 48 dernières années. C’est parfait. Andy ne sacrifiera pas une activité au détriment de l’autre. Nous le savons, et je voulais vous en faire part.

Quant à moi, je suis toujours là, presque tous les jours. Oui, à 67 ans, je peux à présent prendre un peu plus de temps pour moi. J’ai encore beaucoup à offrir, mais le mieux que je puisse faire, c’est de prendre du recul et laisser la place aux autres. J’ai l’immense privilège d’être conseiller, de participer aux réflexions, voire parfois même de diriger un projet. Il me reste encore beaucoup de tâches significatives ou agréables à faire ici… Des choses que je peux faire pour faciliter le cheminement d’Andy et aider les employés-propriétaires à étayer l’entreprise. Pour la majeure partie des choses, Andy semble avoir confiance en mes capacités à travailler indépendamment sans faire trop de bêtises ! J’adore donner un coup de main. Je connais bien le campus, et j’y ai même repéré quelques raccourcis.

Plus sérieusement : quand j’ai embauché Andy il y a 11 ans, j’ai dit aux gens que je vivais pour le regarder prendre son envol. C’est aujourd’hui toujours le cas, et je ne vois pas ce que je pourrai faire de mieux pour les années à venir.

Félicitations pour tes nouvelles responsabilités, Andy. Tu peux compter sur mon aide et mon soutien!

Le billet de Bob

Planter des arbres à guitares

Défiler vers le bas

Bob revient sur les efforts actuellement déployés à Hawaï pour la culture du koa, un arbre qui sera ultérieurement destiné à la fabrication de guitares.

Eh bien, me voilà, encore un peu plus en retrait de la couverture de Wood&Steel. Mon cher ami Jesus Jurado vit à Tijuana ; il me rejoint en Basse-Californie à bord de son Land Cruiser pour découvrir cet État et y camper. Il y a quelques années, il a quitté Taylor Guitars pour prendre sa retraite. Comme il le dit : « Nous devons laisser la place aux plus jeunes. » Je suis heureux de le faire. Andy Powers est en train de prendre ma place, et je la lui cède avec plaisir. C’est à présent lui qui sera en couverture ; ce sont ses réflexions que vous lirez, non seulement en tant que luthier en chef, mais aussi comme président-directeur général.

La simple idée de recourir à de l’ébène striée de marron a permis d’ouvrir la voie à un mode de vie prenant en compte les réalités de la forêt, même lorsqu’il s’agit d’autres espèces de bois. Regardons ce qui nous attend à l’avenir : aujourd’hui, nous vivons probablement à une époque où il est encore très facile de s’approvisionner correctement en bois de lutherie. Je vous dis cela car ça sera plus difficile demain : c’est un postulat de départ. À encore plus long terme, cela se complexifiera encore. Pourtant, les guitaristes d’aujourd’hui contribuent à atténuer ce phénomène ; en effet, ils sont davantage sensibilisés aux changements qui ont eu lieu entre hier et aujourd’hui, et ils acceptent davantage de différences cosmétiques.

Le koa pourrait bien être l’exception actuelle quant aux difficultés qu’amènera l’avenir en matière de bois de qualité. Dans cette édition de Wood&Steel, nous allons non seulement vous présenter notre nouvelle série 700, fabriquée à partir de koa, mais également Siglo Tonewoods via un excellent article de notre rédacteur Jim Kirlin. Siglo Tonewoods a été cofondée par Pacific Rim Tonewoods et Taylor Guitars il y a près de sept ans. Nous avons œuvré pendant tout ce temps, et nous avons des choses à vous raconter !

De votre côté, vous voyez des bois sympas sur des guitares exposées dans des boutiques, et ça nous plaît. Mais de notre côté, c’est une opération assez stratégique que de trouver du bois à abattre tout en remédiant à la crainte de tout couper et de n’avoir plus rien. Que faire, alors ? Jouer les étonnés et se demander comment tout ça a pu arriver ? Cela s’est produit avec tant d’autres espèces… Toutefois, nous avons de très fortes chances de changer le cours des choses avec le koa. Mais comment ?

C’est là que Steve McMinn entre en scène. Ça va être la phrase la plus détestée de ma rubrique si Steve la lit, car il n’aime pas être congratulé… Mais il est véritablement le seul à pouvoir constituer une équipe et permettre à ses membres de collaborer pour résoudre ce problème. Steve ne veut pas seulement planter des arbres ; il veut les faire pousser. Cultiver des spécimens de mauvaise qualité, ça n’est pas pour lui : il ne veut que de bonnes recrues. C’est exactement ce que fait l’équipe de Siglo. Steve et moi serons morts quand le monde pourra en avoir la preuve, mais nous espérons avoir de bons indices quant à la réussite et au mérite de l’initiative tout au long du processus.

Imaginez ce qu’il faut pour créer une graine qui produira toujours les tomates que vous attendez. Imaginez maintenant ce qu’il faut pour créer des graines qui génèreront des koas en bonne santé.

Imaginez que vous cultiviez un potager. Vous choisissez toutes vos graines dans un catalogue qui vous promet des résultats spécifiques, et qui vous assure qu’elles sont parfaites pour l’endroit où vous habitez. Si vous l’avez déjà fait, comme nombre d’entre nous, et même s’il s’agit d’une simple tomate : vous êtes-vous déjà demandé comment ces graines finissaient dans cette petite enveloppe, et comment le marchand pouvait vous faire des promesses sur ce qui allait pousser ? Si tel n’est pas le cas, posez-vous la question dès à présent : ce que l’on prend pour acquis ne l’a pourtant pas toujours été.

Les horticulteurs ont dû développer ces graines. Imaginez ce qu’il faut pour créer une graine donnant naissance à une pastèque sans pépin ! Ou une autre qui fait toujours pousser la tomate que vous attendez. Songez-y. Maintenant que vos méninges travaillent, imaginez ce qu’il faut pour créer des graines qui génèreront des koas en bonne santé. Au moins, avec la pastèque, vous saurez en quatre mois si vous avez réussi ou non ! Avec le koa, il faudra entre 25 et 50 ans… C’est un peu plus difficile.

Pour compliquer un peu plus les choses, pendant des centaines et des centaines d’années, les gens ont eu tendance à couper en priorité les meilleurs arbres, provoquant ainsi le déclin de la santé génétique de la forêt. Pour de nombreuses espèces, les meilleurs spécimens – et donc les meilleures graines – ont disparu depuis longtemps. Seuls les arbres de moindre qualité demeurent.

Toutefois, il existe des méthodes pour remédier au problème, ainsi que des personnes dotées de connaissances et de talents. À l’instar d’un excellent groupe n’ayant aucun mal à attirer de bons musiciens qui seraient honorés de jouer dans une telle formation, notre équipe est suffisamment talentueuse pour intéresser des personnes intelligentes, voulant l’étoffer pour contribuer à nos actions. Des talents d’exception nous ont rejoints. J’ai eu le privilège de pouvoir acquérir un superbe terrain, doté d’un excellent sol, pour que nous puissions y planter nos propres arbres. De plus, nous vendons des guitares en koa, ce qui fait tourner l’économie. Cependant, ne pensez pas que c’est moi qui sais comment développer les caractéristiques de qualité d’un arbre, puis comment prévoir, planter et prendre soin de ce qui deviendra une forêt incroyable.

Il faut rendre à César ce qui appartient à César. Je suis ravi de pouvoir vous présenter Siglo Tonewoods et la Siglo Forest dans ce numéro. Steve et son équipe ont créé une excellente vidéo sur Siglo. Je suis fier du travail accompli là-bas, tout comme je suis fier d’avoir pu y participer. Je voudrais remercier l’équipe de Siglo et lui faire part de mon admiration pour ses nombreuses compétences et ses talents spécifiques. Merci à tous. Les personnes concernées se reconnaîtront.

Histoires liées

Volume 103 . 2022 Édition 2

Le koa et ses nombreuses couleurs : découvrez la toute nouvelle série 700 en koa

Une allure, des sensations et des sonorités inédites et attrayantes grâce à un superbe koa hawaïen de qualité, une finition mate ultra-mince et une voix expressive

Lire cet article

Volume 103 . 2022 Édition 2

Faire germer l’avenir du koa

En collaboration avec Pacific Rim Tonewoods et d’autres partenaires importants à Hawaï, nous nous efforçons d’élaborer des modèles fructueux de reforestation du koa et de cultiver des bois de lutherie pour les générations futures.

Lire cet article

Le billet de Bob

Gammes de guitares

Défiler vers le bas

À une époque où la demande pour des guitares explose, Bob explique pour quelle raison les capacités de production de Taylor sont bénéfiques à tout le monde.

Eh bien, me voilà, encore un peu plus en retrait de la couverture de Wood&Steel. Mon cher ami Jesus Jurado vit à Tijuana ; il me rejoint en Basse-Californie à bord de son Land Cruiser pour découvrir cet État et y camper. Il y a quelques années, il a quitté Taylor Guitars pour prendre sa retraite. Comme il le dit : « Nous devons laisser la place aux plus jeunes. » Je suis heureux de le faire. Andy Powers est en train de prendre ma place, et je la lui cède avec plaisir. C’est à présent lui qui sera en couverture ; ce sont ses réflexions que vous lirez, non seulement en tant que luthier en chef, mais aussi comme président-directeur général.

Cette augmentation de 40 000 guitares par rapport à 2019 est supérieure à la production annuelle de la plupart des grandes entreprises de guitares acoustiques. Cela n’a pas été facile. Nos revendeurs, dont les murs de la plupart des magasins étaient vides, nous ont été reconnaissants des efforts fournis et des livraisons effectuées au cours de l’année. Certains clients – bien qu’il s’agisse là d’une minorité – nous ont critiqué : ils se demandaient quand Taylor s’attellerait vraiment à la tâche et livrerait des guitares, car ils n’avaient pas réussi à en trouver malgré leur attente et leurs recherches.

Je dois admettre qu’en ce qui concerne la plupart des modèles fabriqués à Tecate, la demande est supérieure à ce que nous sommes en mesure de produire. Nous avons produit un nombre impressionnant de Baby Taylor, car nous avions le bois nous permettant de le faire. Nous avons mis en place de nouvelles ressources pour obtenir et traiter le bois destiné à nos modèles de plus grande taille, mais pour le reste, il était difficile de satisfaire la demande. Nous avons du mal à produire suffisamment de guitares, en particulier dans cette gamme de prix.

Avant de lancer notre usine de Tecate il y a plus de 20 ans de cela, cette tarification sur le marché regroupait toujours des produits provenant de pays étrangers. À cette époque, il s’agissait principalement de l’Asie. Notre volonté de créer des guitares de qualité à Tecate a rencontré un accueil très chaleureux. Nous avons l’impression d’avoir rendu service à de nombreux guitaristes. Je dois dire que quand je regarde des émissions de tremplins artistiques et que je vois de jeunes gens participer avec leur GS Mini, leur Academy, leur Big Baby ou leur série 100, et que leur guitare sonne aussi bien à la télé que n’importe quel autre modèle, c’est vraiment gratifiant. Je sais que ces musiciens n’ont pas (encore) les moyens d’acquérir les guitares plus sophistiquées, plus onéreuses, que nous ou d’autres luthiers fabriquent, mais ils n’ont pas eu à faire de compromis sur leur musique en dépensant tout leur budget dans un seul instrument.

Ce qui est bien, avec une usine, c’est qu’on peut servir davantage de gens. Pas seulement les musiciens, mais aussi les prestataires, les employés, les revendeurs et les communautés locales.

Quant à notre production à El Cajon, nous avons battu de nombreux records. Le plus grand nombre de guitares fabriquées. La gamme de prix la plus étendue. De nouvelles offres. La qualité de nos produits n’a pas souffert ; elle a, comme toujours, été tirée vers le haut, avec Andy dirigeant la conception de modèles inédits. Je suis heureux de voir les projets prévus pour les années à venir. C’est vraiment enthousiasmant. Notre service de R&D poursuit ses activités comme d’habitude, même si, en toute franchise, nous pourrions les suspendre simplement le temps de satisfaire la demande… Mais nous ne fonctionnons pas comme ça. Nous savons qu’il ne faut pas lever le pied, qu’il faut continuer à améliorer nos guitares pour l’avenir ou à créer de nouveaux types d’instruments.

Je l’ai dit auparavant, et il convient de le répéter : j’ai toujours été convaincu que les usines étaient en mesure de proposer d’excellents produits, avec une qualité exceptionnelle. Le monde regorge de nombreux luthiers sensationnels, qui créent des guitares vraiment sympas. Je ne suis pas jaloux de leurs créations, et je ne décrédibiliserai pas leur travail. Je vous conseille vivement d’acheter leurs guitares. J’ajouterai également que lorsque l’on regarde les guitares vintage les plus recherchées, quasiment toutes ont été fabriquées en usine. Et ce qui est bien, avec une usine, c’est qu’on peut servir davantage de gens. Pas seulement les musiciens, mais aussi les prestataires, les employés, les revendeurs et les communautés locales.

J’adore les usines et les guitares qui y sont fabriquées, en particulier les nôtres ! D’autant plus quand je vois tous les efforts que nous fournissons, à quel point notre tâche est difficile à accomplir, même pour des gens vraiment intelligents et dévoués. Quand je vois que des musiciens se damneraient pour une guitare et la manière dont nous sommes parvenus à accroître notre production de presque 80 000 instruments au cours d’une année très complexe, cela renforce l’admiration que je porte aux usines. Si vous prenez en compte l’épuisement des stocks dans les magasins du monde entier, et que vous ajoutez ce facteur aux guitares que nous avons fabriquées et livrées au cours de ces deux dernières années, des centaines de milliers de musiciens, qu’ils soient novices ou expérimentés, ont pu poser les mains sur nos instruments.

Les gens nous demandent souvent, à Kurt ou à moi : « À l’époque où vous avez créé Taylor, auriez-vous imaginé que Taylor deviendrait ce qu’elle est aujourd’hui ? » Je dois bien avouer que non, jamais je n’aurais pu le concevoir.

Histoires liées

Volume 102 . 2022 Édition 1

Nouveautés pour l’année 2022

Une superbe Grand Pacific Flametop vient mener le bal des nouveaux modèles Taylor ; la famille GT s’agrandit

Lire cet article

Volume 102 . 2022 Édition 1

Voir Grand, encore

Dix ans après la Grand Concert et les débuts de Taylor dans la cour des grands, la Grand Auditorium faisait son apparition. La suite... Vous la connaissez.

Lire cet article

Volume 102 . 2022 Édition 1

Une discussion à cœur ouvert: L’interview Wood&Steel avec Andy Powers

Lors d’un entretien poussé, Andy Powers, maître-luthier chez Taylor, s’est confié sur l’évolution du design des instruments Taylor et a abordé les nombreux facteurs qui contribuent à la personnalité musicale d’une guitare acoustique... Y compris le musicien.

Lire cet article

Le billet de Bob

Investir dans l’inévitable

Défiler vers le bas

La capacité d’adaptation est l’une des compétences les plus importantes que nous sommes en mesure de maîtriser, que cela concerne notre vie professionnelle ou notre vie personnelle.

Eh bien, me voilà, encore un peu plus en retrait de la couverture de Wood&Steel. Mon cher ami Jesus Jurado vit à Tijuana ; il me rejoint en Basse-Californie à bord de son Land Cruiser pour découvrir cet État et y camper. Il y a quelques années, il a quitté Taylor Guitars pour prendre sa retraite. Comme il le dit : « Nous devons laisser la place aux plus jeunes. » Je suis heureux de le faire. Andy Powers est en train de prendre ma place, et je la lui cède avec plaisir. C’est à présent lui qui sera en couverture ; ce sont ses réflexions que vous lirez, non seulement en tant que luthier en chef, mais aussi comme président-directeur général.

L’article à la une de ce numéro aborde les incrustations nacrées. Comme vous le savez, j’ai déclaré qu’au fil des années ma carrière de luthier s’était étalée sur une grande période de transition en termes de matériaux naturels. Les choses évoluent, passant de ce qu’elles avaient toujours été à ce qu’elles seront pendant un long moment à l’avenir. Vivre le changement, c’est plus complexe que de vivre avant ou après un bouleversement. Mais comme je ne manque pas de le dire : « Investissez dans l’inévitable ». Nier la fatalité n’apporte rien.

Il est certain qu’une quantité moindre de bois anciens sera disponible pour fabriquer des guitares ; l’abalone (ormeau) sera peut-être également concerné. L’emploi de produits chimiques efficaces, mais dangereux, sera peut-être restreint. Il faut noter que l’avenir de la nacre est plus prometteur que celui de l’abalone : en effet, de nombreuses huîtres sont cultivées et grandissent paisiblement dans des bancs destinés à la production de perles. D’un autre côté, l’abalone, dont la coquille est traditionnellement employée, est récolté dans la nature pour sa chair ; la coquille est un sous-produit dont l’on se sert pour les incrustations. Il s’agit d’abalones matures, avec des coquilles externes entièrement calcifiées. La chair des abalones de culture devient mature bien plus vite que la coquille externe ne se calcifie ; ainsi, ces coquilles ne conviennent pas aux incrustations. La bonne nouvelle, c’est que les scientifiques commencent à prendre des abalones de culture et à les déplacer ailleurs, implantant minutieusement les juvéniles dans des environnements naturels, où ils pourront atteindre leur maturité et, par chance, contribuer au repeuplement de l’espèce.

Nous continuerons à fabriquer des guitares d’exception, même si les éléments qui les composent évoluent légèrement.

Bob Taylor

Heureusement, de nombreuses options s’offrent à nous en matière de décoration de guitare. C’est quelque chose que nous adorons, et on dirait bien que vous aimez nos instruments ! Un jour, vous apprécierez aussi les guitares à table épicéa en quatre pièces. Peut-être ne vous en rendez-vous même pas compte, car nous aurons bien travaillé sur ce concept. En tous cas, c’est ce qui vous attend ! Alors que j’écris ces lignes, des changements surviennent là où l’épicéa pousse, au Canada occidental, et les Américains commencent à se faire à l’idée que l’on ne peut pas couper tous les arbres anciens. Quelques-uns, oui. Mais tous, certainement pas. C’est quand même un grand progrès par rapport à l’époque où l’Homme cessait de tomber des grands arbres après avoir coupé le dernier ! À présent, je nous vois mettre la pédale douce avant qu’il ne soit trop tard, et je ne peux que nous en féliciter. On peut s’adapter. On fera avec. Vous ferez avec. Comme mon ami Eric Warner de Pacific Rim Tonewoods aime à le dire : « Adaptez-vous, migrez ou mourez sur place ». Il a raison ; et nous nous adapterons et continuerons à fabriquer des guitares d’exception, même si les éléments qui les composent évoluent légèrement.

Je m’implique énormément aux côtés de Scott Paul en ce qui concerne l’ensemble de nos programmes environnementaux. Et je suis ravi de vous annoncer qu’ils continent à évoluer. Petit conseil : si vous voulez que quelqu’un vous aide à vous impliquer de plus en plus dans le développement de projets comme ceux que l’on mène, engagez un ancien hippie de Greenpeace et laissez-lui faire le boulot ! Il me suffit de dire : « Tu sais, je me disais que… », et Scott part au quart de tour. Il planche dessus ! C’est sa nature, et aussi son métier. J’espère que vous apprécierez les dernières nouvelles qu’il vous apporte dans ce numéro.

Enfin, je souhaiterais souhaiter du fond du cœur un joyeux vingtième anniversaire à mes chers amis, fournisseurs, collègues et partenaires de Madinter. Comme vous le savez, nous co-détenons ensemble la scierie Crelicam au Cameroun. Cela fait dix ans que nous collaborons étroitement (en novembre 2021, nous fêterons notre dixième anniversaire). Si vous vivez aux États-Unis, peut-être ne connaissez-vous pas Madinter. Jetez donc un œil à leur site : madinter.com. Ils fournissent des luthiers dans toute l’Europe, en particulier en Espagne. Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de luthiers installés dans ce pays. Il y en a partout ! Ce que je veux dire, c’est que là-bas, tout le monde connaît un luthier, ce qui n’est pas le cas, ici, aux États-Unis. Vous devriez aller y faire un tour à l’occasion. Vidal, Luisa, Jorge, c’est un plaisir d’avoir passé toutes ces années à collaborer avec vous. Joyeux anniversaire !

Bob Taylor seated on stack of mahogany wood

Le billet de Bob

Fabriquer des objets qui durent

Défiler vers le bas

Bob médite sur la dualité des choses qui durent, mettant en parallèle notre problème de plastique avec la transition de l’entreprise vers un actionnariat des employés.

Quand j’étais gamin, on faisait le tour de la ville à vélo et on buvait dans notre gourde – si on avait pensé à la prendre. En général, on avait oublié… On s’arrêtait alors et on buvait au tuyau du jardin d’un voisin, ou à la fontaine d’une épicerie ou d’un parc. Une bouteille en plastique contenant de l’eau achetée en magasin ne nous venait même pas à l’idée. Ça ne nous tentait même pas ! Si nous avions 50 cents en poche, on s’achetait un soda, on le buvait sur place, et on récupérait les quatre cents de la consigne. Quand mes enfants étaient petits, la bouteille en verre fut remplacée par des cannettes et des bouteilles en plastique.

Au cours de chacune des dix années écoulées, j’ai passé jusqu’à 100 jours au Cameroun, à contribuer à faire décoller la scierie d’ébène dont nous sommes copropriétaires. Quand il pleut, ce sont des trombes d’eau qui s’abattent, la plupart du temps : les rivières enflent et inondent les endroits les plus bas d’une ville de trois millions de personnes. Le jour suivant, l’eau a disparu, mais les bouteilles en plastique ayant été entraînées vers ces endroits demeurent… C’est impressionnant à voir. Des montagnes de plastique, au sens propre, représentant une fraction seulement de la quantité réelle. Pas de gourde ni de tuyau dans ces monceaux de détritus… On ne peut pas les traverser en voiture, ni les contourner ; c’est une douleur impossible à ressentir. Cette vision a eu un impact puissant sur moi, me faisant réduire ma consommation d’eau en bouteille plastique de probablement près de 99 %. C’est un véritable problème. Toutefois, là où nous vivons, dans des pays développés, ces bouteilles en plastique sont collectées et remisées dans des endroits où nous ne les voyons pas, contribuant à occulter le problème. Mais ç’en est un.

Dans ce numéro, Jim Kirlin parle de la montagne de film étirable que nous collectons ici, chez Taylor Guitars, et que nous avons érigée à un endroit terriblement peu commode. Quiconque travaillant ici ou passant à proximité ne peut la manquer. Nous devons nous confronter à ce problème. Nous devons envisager des solutions, même si cela passe par le dérangement impliqué par cet amas de plastique, ou la haine que nous inspire ce matériau, le plus durable que l’homme ait jamais inventé. Le plastique ne disparaît pas. Le plastique ne se dégrade pas. J’espère que cet article vous permettra de prendre conscience des dégradations que nous infligeons à notre planète au nom d’une commodité jetable. Je dois avouer que j’aime ce que le plastique me permet de faire quand je m’en sers ; je n’aime simplement pas ce qu’il fait quand je n’en ai plus besoin. Encore une chose : ne croyez pas qu’il soit entièrement recyclé, ou en tout cas en majorité, car seule une fraction l’est en réalité.

L’actionnariat des employés m’a redonné du baume au cœur, un peu comme le font mes petits-enfants. 

Allez, passons à présent à des nouvelles un peu plus réjouissantes. J’aimerais claironner que Taylor Guitars appartient dorénavant intégralement à ses employés. J’en suis vraiment heureux ! Vous en saurez davantage dans ce numéro, et vous trouverez aussi quelques vidéos à ce sujet. À l’instant où j’écris ces mots, je ne suis plus actionnaire de Taylor Guitars. Je suis employé, heureusement. Des amis m’ont dit que c’était un endroit sympa pour y travailler, j’espère que j’y resterai un bon moment ! En effet, l’actionnariat des employés m’a redonné du baume au cœur, un peu comme le font mes petits-enfants. Je peux maintenant travailler pour les bénéfices de nos employés/propriétaires d’une manière différente et plus concrète. Je suis très optimiste quant à l’avenir de l’entreprise, et des mains dans lesquelles je l’ai placée. Avec cet actionnariat, j’espère que Taylor Guitars durera aussi longtemps que le plastique, les problèmes pour la Terre et ses habitants en moins ! Du développement durable, en quelque sorte. Je voudrais remercier du fond du cœur l’ensemble des employés, revendeurs, fournisseurs et musiciens. C’est grâce à eux que Taylor Guitars est devenue ce qu’elle est aujourd’hui. Je vous promets qu’aucune autre entreprise au monde ne pourrait plus me plaire, et je souhaite continuer à tout donner pour elle.

Le billet de Bob

Après la pluie, le beau temps

Défiler vers le bas

Avec des émotions mitigées, Bob revient sur une année sans précédent.

Les bouleversements de l’année écoulée nous ont entraînés, vous et moi, dans une aventure à laquelle je n’avais jamais pris part auparavant. Sur le plan collectif, nous avons eu l’impression que notre société avait été ébranlée jusque dans ses fondations. Cela s’est ressenti différemment selon les régions du monde. Pour peu que je me souvienne, la santé, l’égalité, l’équité, le leadership gouvernemental, la volonté des populations à se conformer à ce qui leur était demandé, ainsi que de nombreuses autres idées et conditions ont été testés, évalués, réévalués et soumis aux débats comme jamais. Le monde entier a été chamboulé.

À chacune de mes expériences précédentes, j’ai toujours été en mesure de compter sur des personnes qui s’unissaient pour travailler, qui s’efforçaient au maximum de nous sortir du pétrin. Cette fois, cependant, la possibilité d’affronter l’adversité en se rassemblant physiquement était entravée et, dans certains cas, complètement inexistante.

Alors qu’une nouvelle année se profile à l’horizon, nous pouvons constater que le chemin sera encore long avant que nous nous rétablissions de cette pandémie. Toutefois, j’ai hâte que les choses aillent mieux pour nous tous. Les gens que j’ai l’habitude de voir tant à San Diego que dans le monde entier me manquent !

J’adore savoir que pour tant de personnes, jouer de la musique – pour eux-mêmes, pour d’autres, avec d’autres – a un sens.

Une évidence s’est à nouveau imposée : la musique a tenu une place importante et a aidé les gens à se sentir bien. Les données historiques montrent que lors des époques difficiles sur le plan économique, l’industrie des instruments de musique s’en est assez toujours bien tirée : en effet, lorsque les populations sont obligées de se serrer la ceinture, il semble qu’elles trouvent du réconfort dans la pratique de la musique. Pour nous, chez Taylor, ce constat n’a jamais été aussi flagrant qu’au cours de cette année 2020. Les gens ont acheté un nombre impressionnant de guitares… Je n’avais encore jamais vu ça. Je dois admettre que mes sentiments étaient ambivalents : notre gagne-pain était assuré, alors que pour d’autres, ce n’était pas le cas. Nous sommes heureux d’avoir tenu le coup et d’avoir répondu aux besoins des musiciens, mais dévastés en pensant à ceux qui sont en difficulté.

Ainsi, lorsque nous revenons sur nos réalisations de l’année écoulée, notre impression de chance est teintée d’amertume. Comprenons-nous bien : nous ne pensons pas que le monde se porterait mieux si nous avions été en mauvaise posture au nom de la souffrance endurée, mais sachez que nous connaissons tous des amis ou des membres de notre famille qui n’ont pas eu notre chance. De plus, je suis convaincu que sur le plan personnel, tous ceux d’entre nous qui ont été épargnés au cours de cette période sont en train d’aider les moins chanceux qu’ils connaissent.

Une chose qui nous rend fiers, c’est que lorsque nous fabriquons une guitare, cela semble véritablement aider les gens. J’adore savoir que pour tant de personnes, jouer de la musique – pour eux-mêmes, pour d’autres, avec d’autres – a un sens. C’est probablement le plus grand bienfait et la plus grande satisfaction que je connaisse, après avoir passé ma vie à construire des guitares. Cette année, nous avons travaillé dur pour fabriquer ce que les musiciens désiraient. Pour être clair : quand je dis « nous », je le pense vraiment. L’équipe Taylor, présente dans le monde entier, est composée de membres avec lesquels je veux affronter ces moments difficiles. Cela comprend notamment vos revendeurs, et vous, qui achetez nos guitares. Ensemble, nous formons une équipe exceptionnelle, dotée d’une bonne perspective d’avenir, et nous diffusons nos bienfaits dans le monde entier. Je ne pourrais rien demander de mieux.

Dans ce numéro, nous allons continuer à parler de modèles de guitares, de techniques de construction, de matériel, de musique, d’efforts de développement durable et d’autres sujets connexes… La vie continue, et c’est ce que nous désirons. Je voulais juste vous dire que nous sommes conscients de notre chance, et que j’espérais du fond du cœur que tout allait bien pour vous. Pour les moins chanceux, sachez que nous pensons à vous : nous connaissons tous quelqu’un de proche qui a grandement souffert.

Si je peux me permettre : jouez de la musique. Essayez de vous aimer les uns les autres. Aidez vos voisins. Créez des souvenirs impérissables. Vous ne l’oublierez ni ne le regretterez jamais.

BobSpeak

Complexe de fabrication

Défiler vers le bas

Bob vous fait part d’un point de vue concret sur l’écosystème commercial lié à la fabrication et à la création d’une nouvelle série de guitares pendant une pandémie.

Allez peut-être vous chercher une tasse de café, car cet article est un peu plus long que ceux que je rédige normalement. Je me disais que j’allais profiter de l’introduction de la série American Dream pour vous parler de fabrication.

Pendant près d’un demi-siècle, je me suis impliqué quotidiennement dans la fabrication, et j’ai développé quelques connaissances sur le sujet. Je pense que je peux dire sans trop prendre de risque que mon expérience – qui a débuté avec mes mains et un ciseau à bois, et qui a abouti à ce que Taylor est de nos jours – est probablement plus exhaustive que si j’avais été simple ingénieur de fabrication employé par une entreprise. En effet, en termes de fabrication, j’ai assumé la majeure partie des décisions qui nous concernaient pendant tout ce temps, et il m’a fallu vivre avec les conséquences de ces choix. Je sais ce que cela fait de travailler quasiment seul, tout comme d’avoir des sites opérationnels qui tournent bien dans quatre pays, chacun avec des lois, des langues et des cultures différentes.

Je suis heureux de voir que notre entreprise a évolué et qu’elle est couronnée de succès ; de constater qu’elle a su conserver l’intérêt de chacun à l’esprit, qu’il s’agisse des clients et des employés en passant par les prestataires, les actionnaires ou encore la communauté qui nous entoure.

Les différents coûts de fabrication

Toutes les entreprises vendent un produit en essayant de faire des bénéfices via un juste équilibre entre leurs frais et ce qu’elles reçoivent lors d’une vente à un client. Tout comme les employés d’une entreprise, nous désirons tous recevoir le plus haut salaire possible. Mais que se passe-t-il lorsque chacun d’entre nous ne veut payer que le prix le plus bas pour les objets que nous nous achetons ? Nous regardons tous les produits concurrents et, souvent, nous acquérons des produits fabriqués dans des endroits où les coûts sont plus faibles, ce qui implique généralement des salaires moindres. Lorsque les salaires sont plus bas dans un pays différent, les autres frais de soutien peuvent également être réduits : en effet, l’infrastructure implique également des frais moins importants, et tout cela est fondé sur l’équilibre entre salaires locaux et économie.

Un bon exemple actuel de différences de coûts : nos guitares Urban Ash, fabriquées à partir de bois que nous acquérons ici, en Californie du Sud. Certaines personnes nous ont demandé comment nous pouvions prendre un arbre citadin « gratuit », qui allait devenir du bois de chauffe, et en faire une guitare qui coûte autant qu’un instrument fait à partir de bois traditionnel.

Pour faire simple : c’est parce que les frais sont plus élevés, et que la quasi-totalité revient aux personnes qui habitent ici et effectuent le travail sur cet arbre. Des Américains bien payés abattent ces arbres à trois mètres d’une route ou d’une maison, les transportent, les scient et les transportent à nouveau, le tout en touchant un salaire américain, sur des routes domestiques, en payant des taxes, en se conformant aux normes OSHA, en bénéficiant d’avantages médicaux, etc. En d’autres mots, c’est comme si vous ou votre voisin étiez payés pour transformer cet arbre en bois de lutherie pour nous. Si nous voulions uniquement acheter le bois le moins cher qui soit, nous pourrions nous rendre dans des endroits où nous trouverions l’exact opposé des attributs que je viens de décrire. Cependant, si vous voulez le faire ici, cela coûte plus cher.

Localisme transfrontalier

Acheter local est une idée qui intéresse grand nombre d’entre nous dans la ville dans laquelle nous vivons. Toutefois, cela ne devrait pas s’arrêter à la nourriture ou aux boutiques indépendantes. J’admets que vous ne pouvez pas toujours avoir ce que vous voulez à l’échelle locale, mais nous pourrions tous être sensibles au travail accompli par nos voisins et, s’il est possible de les soutenir, ils nous soutiendront en retour.

Malgré cela, nos guitares sont fabriquées dans deux pays différents. Quand je quitte mon domicile le matin, je peux tourner à gauche et me rendre dans notre usine américaine en 20 minutes. Si je tourne à droite, j’arriverai à notre site mexicain en 40 minutes. C’est quelque peu par accident que nous avons eu la chance de pouvoir opérer dans deux pays.

Je peux tourner à gauche et me rendre dans notre usine américaine en 20 minutes, ou tourner à droite et arriver sur notre site mexicain en 40 minutes.

Ici, chez Taylor, nous comprenons les relations transfrontalières d’un point de vue concret et quotidien, ainsi que d’un point de vue familial et amical. Les deux usines fonctionnent en tant qu’une seule entreprise, même avec deux langues et deux cultures. C’est quelque chose de facile, grâce à la proximité entre ces deux entités. Nous nous comprenons, et nous prenons plaisir à être en compagnie l’une de l’autre. C’est un avantage pour nous, en tant que fabricants, et pour vous en tant que musiciens : nous sommes en mesure de vous proposer des guitares selon une vaste gamme de prix, et d’offrir du travail à la fois aux États-Unis et au Mexique.

Nous n’avons pas délocalisé notre production américaine au Mexique. Nous sommes plutôt partis de zéro là-bas, en fabriquant des guitares que nous n’aurions pas pu produire ici, à El Cajon. Je suis heureux de notre éthique, du fait que nous nous soyons développés de l’autre côté de la frontière. En réalité, j’en suis fier. À Tecate, plus de 500 personnes ont un bon travail et fabriquent des guitares qui n’existeraient pas autrement.

Il y a quelque chose d’insaisissable lorsque l’on fabrique une très bonne guitare, et de nombreuses usines du monde entier n’ont pas encore trouvé l’ingrédient secret. Nous ne sommes pas du genre mystérieux (nous avons tendance à partager nos savoirs), mais nous nous employons à faire le nécessaire afin que nos guitares soient suffisamment bonnes pour que les musiciens remarquent la différence. Le fait d’avoir nos deux usines nous permet d’y parvenir, plutôt que de sous-traiter nos produits à prix plus bas à des entreprises de l’autre côté de l’océan.

S’adapter aux bouleversements

Lorsque la Covid-19 a confiné les gens et les entreprises dans le monde entier, nous nous sommes retrouvés avec une usine d’El Cajon fermée puis, quelques semaines plus tard, c’est celle de Tecate qui a suivi le même chemin. Après quelques temps, El Cajon a rouvert doucement ses portes, tandis que Tecate demeurait fermée. Nous nous sommes demandé : « Qu’arriverait-il si nous n’étions pas en mesure de proposer nos modèles fabriqués à Tecate sur le marché ? » Nous savions que nous n’aurions aucun espoir de livrer nos modèles des séries GS Mini, Baby, Academy ou 100. C’est juste qu’il n’est pas possible de les fabriquer ici. Il aurait été faisable de produire des séries 200, mais les outils et les systèmes sont là-bas ; nous ne fabriquons tout simplement pas cette guitare à El Cajon. Ici, nous construisons des guitares en bois massif.

Nous avons ainsi commencé à songer au concept qui allait devenir la série American Dream ; cette dernière associe certaines techniques de fabrication spécifiques à des bois de lutherie normaux, que nous avions mis de côté au fil des années en raison de certains attributs cosmétiques, de tailles disparates ou d’espèces que nous n’employons actuellement pas dans notre gamme. Nous aimons dire que nous avons fait avec ce que nous avions dans les placards ! Le bouleversement qui nous a impacté cette année nous a obligés à penser et à agir de cette manière.

Tecate semblait tellement loin pendant ces mois… Mais nous avons rapidement réalisé que nous avions une présence légitime là-bas, et que nous faisions partie de cette ville, tout comme ici. Nous avons rapidement transformé le service de couture des housses de guitare en production de masques pour aider les personnes travaillant dans le domaine de la santé. Nous avons eu l’autorisation de maintenir cette petite ligne de couture pendant la fermeture. Les lumières ont fini par revenir dans d’autres zones de l’usine. Nous avons commencé à travailler avec les fonctionnaires gouvernementaux en charge du travail, de l’économie et de la santé pour préparer notre usine à une réouverture potentielle et sûre sur le plan sanitaire. C’était le test de toute une vie, portant sur nos rapports avec la ville et le pays dans lesquels nous sommes implantés.

Pendant ce temps, la série American Dream naissait ici, à El Cajon. Nous ne voulions pas attendre de voir ce qui pouvait se passer (ou pas) au Mexique. Nous avons beaucoup réfléchi à cette guitare, et nous avons progressé rapidement pour briser les barrières mentales et physiques de manière à pouvoir produire cet instrument. Au compte-gouttes, les gens ont commencé à revenir travailler à El Cajon. Nous nous sentions optimistes et créatifs. En ces temps, la guitare était un triomphe à nos yeux.

Avance rapide, retour au présent : nos employés sont de retour au travail dans les deux endroits, avec une distanciation sociale tellement stricte que nous devons travailler sur des plages de 24 heures, 7 jours par semaine, pour réaliser toutes les tâches qui nous incombent. Mais nous sommes en bonne santé, nous sommes en sécurité, et notre gagne-pain est rétabli. Nos revendeurs sont ravis car leurs revenus se sont améliorés, et nos clients ont redécouvert les joies de la musique « faite maison ». Nous expédions nos guitares, les revendeurs les vendent, et vous en jouez.

Tout va bien. Toutes ces réflexions dont je voulais vous faire part sont destinées à vous dire que les objets proviennent d’endroits qui les fabriquent, et que des gens travaillent dans ces endroits qui fabriquent de tels objets. Nombre de ces personnes… C’est vous, votre voisin, votre famille, ou moi. Nous œuvrons tous pour produire quelque chose qui sera vendu, et nous achetons tous des objets que d’autres fabriquent. C’est symbiotique. Vous nous soutenez, nous vous soutenons. Cette année, un grand nombre de personnes ont réfléchi à des choses : les bonnes et les mauvaises. Je pense que nous sommes tous d’accord sur un fait : la musique est une bonne chose.

Le billet de Bob

Une Question de Confiance

Défiler vers le bas

Bob explique pourquoi les efforts de Taylor pour établir la confiance avec nos partenaires sont importants, en particulier pendant les périodes difficiles.

Allez peut-être vous chercher une tasse de café, car cet article est un peu plus long que ceux que je rédige normalement. Je me disais que j’allais profiter de l’introduction de la série American Dream pour vous parler de fabrication.

Pendant près d’un demi-siècle, je me suis impliqué quotidiennement dans la fabrication, et j’ai développé quelques connaissances sur le sujet. Je pense que je peux dire sans trop prendre de risque que mon expérience – qui a débuté avec mes mains et un ciseau à bois, et qui a abouti à ce que Taylor est de nos jours – est probablement plus exhaustive que si j’avais été simple ingénieur de fabrication employé par une entreprise. En effet, en termes de fabrication, j’ai assumé la majeure partie des décisions qui nous concernaient pendant tout ce temps, et il m’a fallu vivre avec les conséquences de ces choix. Je sais ce que cela fait de travailler quasiment seul, tout comme d’avoir des sites opérationnels qui tournent bien dans quatre pays, chacun avec des lois, des langues et des cultures différentes.

Je suis heureux de voir que notre entreprise a évolué et qu’elle est couronnée de succès ; de constater qu’elle a su conserver l’intérêt de chacun à l’esprit, qu’il s’agisse des clients et des employés en passant par les prestataires, les actionnaires ou encore la communauté qui nous entoure.

Ces deux idées sont vraies, même en même temps. Depuis fin février, je pense à une autre partie de cette idée qui est rarement mentionnée. Je connais peut-être quelqu’un qui pourrait m’aider, mais que sait-elle de moi? Dans le cas de Taylor Guitars, nous connaissons peut-être des gens qui peuvent aider pendant ces périodes, mais que pensent-ils de nous? Venons-nous à eux pour résoudre notre urgence après avoir déjà établi une relation de confiance avec eux? Ou demandons-nous quelque chose qu’ils se sentent obligés d’accorder alors qu’ils ne veulent pas l’accorder, parce qu’ils estiment que nous n’avons pas encore gagné leur confiance?

Pour surmonter nos défis mondiaux ces derniers mois, nous avons beaucoup compté sur les relations que nous avons nouées et sur ce que ces autres personnes pensent de nous. Nos points de vente nous font confiance en raison du service et de la qualité que nous leur avons fournis, et nous leur faisons confiance pour bien nous représenter. Nous avons donc pu mener l’une des meilleures promotions de vente que nous ayons jamais faites, appelée «Taylor Days». Les revendeurs étaient stupéfaits. Lorsque notre équipe commerciale nous a présenté le plan, nous leur avons fait confiance. Et ainsi de suite.

“Pour surmonter nos défis mondiaux ces derniers mois, nous avons beaucoup compté sur les relations que nous avons nouées et sur ce que ces autres personnes pensent de nous.”

Lorsque nous avions besoin d’une équipe réduite travaillant ici et effectuant des tâches essentielles à l’usine pendant le confinement, nous pouvions appeler les autorités de la ville et demander l’autorisation. Ils nous ont fait confiance. Ils l’ont accordée. Nous n’avions jamais abusé de leur confiance en 45 ans, et nous avons participé aux besoins et aux idées de la ville, alors ils nous ont fait confiance.

Lorsque nous avons cherché à aider chaque employé de Taylor à recevoir leur aide gouvernementale, nous sommes allés au EDD (Employment Development Department) de Californie, nous les connaissions bien. Ils nous font confiance en raison de nos collaborations positives dans le passé. Notre personnel des ressources humaines a travaillé si dur pour servir nos employés en remplissant tous les formulaires, en ouvrant la voie et en les guidant tout au long du processus, et ils avaient une assistance efficace de la part de l’EDD, avec un contact qui était heureux de nous aider. Nos employés en ont grandement bénéficié et ont une solide confiance dans l’attention que Taylor leur accorde.

Lorsque nous nous rendons dans une forêt dans un pays lointain et demandons de l’aide aux projets internationaux du US Forest Service, ils ont hâte de prêter main forte parce que nous avons gagné leur confiance et participé à leurs initiatives dans le passé.

Je pourrais continuer à nommer des dizaines d’autres exemples, mais déjà ceux-là sont significatifs. Il pourrait y avoir des gens qui, selon leur point de vue, pourraient voir ces exemples cités comme du favoritisme. Bien que nous puissions être les favoris de certains de ceux que j’ai mentionnés (et nous le sommes), c’est à cause de la confiance et du respect que nous avons construit ensemble, non pas parce qu’ils sont notre oncle ou parce que nous leur donnons de l’argent.

Je dis tout cela parce que ces derniers temps, plus que jamais, je n’ai pas arrêté de penser que nous avions tous besoin les uns des autres. C’est un sentiment qui est souvent ressenti pendant cette période de COVID-19. Bien sûr, nous ne sommes pas toujours d’accord, mais si les relations que nous avons nouées sont plus fortes que nos désaccords, nous pouvons travailler ensemble vers un bon résultat.

Avec un de mes meilleurs amis dans la vie, nous ne sommes pas d’accord sur de nombreux points de vue politiques, surtout en ce moment. Mais notre amitié survit assez bien parce que nous ne nous appuyons pas uniquement sur cela pour être amis. Nous avons tant d’autres liens plus importants entre nous.

Chez Taylor Guitars, nous avons besoin de toutes ces personnes et relations que j’ai nommées, et des centaines que je n’ai pas mentionnées ici. Mais s’il n’y avait pas eu de confiance mutuelle au fil des ans, nous n’aurions pas pu décrocher le téléphone, envoyer un SMS ou demander de l’aide aux autres comme nous avons pu le faire récemment. L’aide que nous avons obtenue a été facile et gratuite, car nous avons cultivé des relations solides.

J’écris cette chronique aujourd’hui pour exprimer ma gratitude aux dirigeants, partenaires commerciaux, vendeurs, clients, points de vente, employés, notre équipe de direction, nos gestionnaires et nos autres amis pour avoir été heureux de nous soutenir ici chez Taylor Guitars, comme nous les avons également soutenus. Je suis ravi que nous puissions leur demander et les entendre répondre: “Oui, bien sûr!”, c’est le juste retour des choses. Cela a été un point positif pour moi ces derniers temps, plus que jamais auparavant.

Un toast aux fabricants de guitares
Bob réfléchit aux raisons pour lesquelles la «boutique» Taylor est un endroit spécial et salue ses confrères luthiers du monde entier.